Symbiose


Élodie Derache, Symbiose, 2020

De l’embryon à la fusion

Dans ma pratique artistique, j'accorde une place importante à l'idée de l'évolution, la transformation, le changement d'état.

Certaines pièces qui ont vu le jour il y a plusieurs années continuent de muer littéralement. C'est le cas de Mue et de Prothèse réalisées chacune indépendamment, en 2007 et en 2008. Ces deux pièces réalisées en tricot à la main ont été pensées à la croisée du vocabulaire de la tumeur et de la flore marine. Leurs structures sinueuses évoquent les polypes (excroissances saillantes au sein de muqueuses) – ce terme renvoyant également aux colonies de coraux. Mue représente le cocon à l'échelle de l'être humain, il est sa protection, son armure, tout autant que le résultat de notre filature interne, celle de nos fibres corporelles, cicatricielles et viscérales. Prothèse a déjà revêtu diverses apparences et questionne la vulnérabilité du corps, ses excroissances, ses saillies et autres phénomènes tumoraux.


Prothèse (2007) Mue (2008)


Ces deux œuvres fusionnent désormais ensemble au sein de cette Symbiose. Ces deux organismes – sortes de secondes peaux – cherchent un terrain d’entente. Elles engagent un dialogue intime, entre cohabitation et parasitage.


Élodie Derache, Symbiose, 2020


Le corps comme terrain d’expérimentation

Au fil de mes recherches liées aux phénomènes psychiques et organiques de notre corps, c'est la porosité de chacun de nos organes que je matérialise dans cette nouvelle sculpture Symbiose à l'échelle d'un être humain, devenue masse informe et mouvante.

Cette pièce porte en elle les signes mystérieux du corps, ses fluides, ses sécrétions physiques ou éthériques, cristallisés dans les tissus les plus profonds comme ceux de surface. Cette pièce ainsi fusionnée constitue une seconde peau potentielle, un contenant, un refuge, non sans évoquer également les sillons et circonvolutions de notre mystérieuse matière cérébrale.


Croissance d'un grand réservoir : pouvoir métamorphique

Cet amas organique, en apparence désordonné, se propose d'être un reflet de ce qui se trame en nous. Tel un microbiote autonome vivant en dehors de nous-même, ce réceptacle offre une métaphore – en miroir – de notre propre enveloppe. Entre viscères et terminaisons nerveuses qui alimentent chacune de nos cellules, et nos différents systèmes nerveux, cette masse établit le postulat de notre finitude tout autant que notre immensité de connexions, tant humaines qu'universelles. Ce réseau filaire complexe se colonise lui-même et se transforme. Cette masse organique fédère la trame de nos enveloppes protectrices et de nos vies internes. Elle est à la frontière des vestiges archéologiques (fossiles) et d'une morphologie imaginaire.